Dans le rose et le blanc de tes lumières,
sous l’emprise de ta fleur sucrée et vénéneuse,
laurier des jardins andalous,
les pouls perdent ses rythmes purs.
Leurs cadences se confondent,
le sang saturé de léthargiques essences.
Et ton doux parfum triomphe dans la mort
de l’indolence andalouse.
COLONNES
Colonnes colonnes
en extase de force,
de désir, de blancheur.
La colonne appelle
un poids céleste.
— Et l’arc se confie.
La lumière graduée de l’arcade
dessine dans ses nuances
des expressions variées.
Arcs féminins.
Arcs taciturnes.
Religieux. Disciplinés. Velléités savantes:
dans le patio maure
des arcs inégaux...
SOLEDAD
Fue este olor de soledad concreta que llena los jardines por
la tarde
y en esta luz de la glorieta antigua cubicada en perfumes de
arrayanes:
Citando las aguas del estanque copian
del cielo, apenas, rumbos y celajes, y una quietud de flores
y de pájaros hace surgir la noche por los aires...
Una tristeza pura, más que humana,
va serenando el ritmo de la sangre.
Y nos avisa un eco de la muerte.
Y se oyen las palabras de los ángeles.
FONTAINE INVISIBLE
La nuit tombée, les profils se
transforment
en forêt sidérale, les jardins cachent leurs grâces
et recouvrent leurs géométries
du spectre des parfums et des plantes.
Dans cette profonde haleine végétale
de l’ombre qui vit et se nourrit d’étoiles
et de mystère mineral
un dieu élémentaire palpite et respire.
Seule une voix faible, du côté
des fontaines,
affirme dans le silence de la nuit
la présence perdue des frondaisons, sans fleurs, sans
nuances, éteintes.
KASIDA DES PARFUMS
Par delà la rose qui donne
son pâle arôme au vent;
par delá le jasmin qui emplit
l’air de ses étoiles blanches;
par delá le myrte et le seringa,
la lavande et l’oranger
par delá tous les arômes,
le tien entre mes mains, ô femme.
JARDIN NOCTURNO
¡ Cuidad, que no se rompan los
cristales
de este maravilloso encantamiento ! Es el jardín nocturno.
Siderales lindes de ramas crecen en el viento.
Vago rumor en el verdor sombrío
la eternidad acuerda con lo breve:
el amplío soplo del voraz estío
se torna en el jazmín primor y nieve.
Por el aire, las bodas de las flores
hacen crujir las horas maduradas
Y en una undosa densidad de olores se denuncian las ramas extasiadas.
Es el jardín de noche. Misteriosas
corrientes de humedad suben al cielo
creando entre luceros y entre rosas el misterio nocturno, como
un velo.
LES EAUX EMPORTENT TES YEUX
Les eaux emportent le frisson de l’air
quand elles conversent par la douce terre
avec les coriandres de vert foncé
et le coeur à l’ombre des lierres.
Les eaux emportent les architectures
fugaces de brises invisibles
et un vaste monde de sortilèges
de lumière qui se perd dans les airs.
L’eau profonde du jardin emporte
un rythme éternel qui s’occulte
dans la joie de la brise errante,
et l’éclat des yeux qui s’éloignent.
PALMIER AU CRÉPUSCULE
Au-dessus du vaste jardin, couronné
de feuillages et de fleurs, resplendissant
le palmier se détache, ligne dans le vent,
et s’éleve vers un ciel de bleu panaché.
Il ouvre
la roue somptueuse de ses fines palmes
au sommet de son tronc élancé,
les unes comme des âmes tendues vers le ciel,
les autres recourbées par les rudesses du vent.
Lorsque le soleil s’allume sur
le palmier
-dernier baiser dans l’amoureux soir-
une blonde chevelure frémissante illumine d’or
le bleu du couchant.
Mais palmes et chevelures pâlissent
déjà
au seuil de la nuit froide.
Et une étoile tenace lutte et s’acharne pour accrocher
dans la palme son éelat.
KASIDA AU CRÉPUSCULE
D’où naît la nuit?
Elle est gardée dans l’air.
Endormie dans la terre.
Enterrée dans les rues.
La nuit vient dans la brise
comme une douce peine
et recouvre le monde
de son irréparable deuil.
La voici qui naît
dans la profonde solitude des jardins.
La voici qui s’avance, confuse, parmi les soupirs du soir.
On dirait qu’on entend ses pas
dans les frissons de l’air.
Il n’y a là ni tristesse, ni mystère, seule
une agonie aimable.
Les yeux lui résistent encore
comme les cristaux dc la fontaine. La dernière lueur
défend
les mirages de ses trésors.
Au couchant, un soleil faible
lutte, avant de s’enfoncer
dans les gris et les perles
d’une mer d’obscurités.
Comme si un souffle de Dieu et de Mort
effleurait notre douce chair
dans l’invisible vol d’ombre, d’archange et
de lumière.
La nuit avare s’empare doucement
de nos corps. Du monde.
Nous ne sommes plus qu’une ombre qui respire.
ADELFAS
En el rosa y el blanco de tus luces,bajo
tu flor de azúcar y veneno, adelfa de jardines andaluces
pierden los pulsos su latir sereno.
Pierden los pulsos su latir y viertes
en la sangre letárgicas esencias. En tu débil
aroma dulces muertes coronan andaluzas indolencias.
COLUMNAS
Columnas, columnas, éxtasis de fuerza
en ansia y blancura.
La columna anhela
un peso celeste.
— El arco se entrega.
La luz de la arcada
matiza en sus grados expresiones vanas.
Arcos femeninos.
Arcos taciturnos. Religiosos, cívicos.
Sabias veleidades:
en el patio moro
arcos desiguales...
SOLITUDE
D ans cet arôme de solitude concrète
qui emplit les jardins au crépuscule et dans la lueur
de l’antique gloriette encadrée du parfum des myrtes.
Lorsque les eaux des bassins reflètent
à peine les espaces et nuances du ciel
et la paix de fleurs et d’oiseaux
fait apparaitre la nuit au coeur des airs..
Une tristesse, pure, plus qu’hurnaine,
veille sur les rythmes du sang;
elle annonce un écho de la mort
et l’on entend les paroles des anges.
LA FUENTE INVISIBLE
Tornados los perfiles, ya de noche,
en selva sideral, su gracia encubren
los jardines, cambiando geometrías
por espectros de plantas y perfumes.
En este aliento vegetal profundo
de la sombra que vive y que se nutre
de estrellas y misterios minerales
un dios elemental palpita y bulle.
Sólo una voz delgada, hacia las
fuentes,
en el silencio de la noche asume
la prestancia perdida de las frondas
sin flor y sin matiz, horras de lumbre.
KASIDA DE LOS PERFUMES
Sobre la rosa que al viento
da su aroma con desmayo; sobre el jazmín que en el aire
cuaja sus luceros blancos; sobre el mirto y la celinda,
la alhucema y el naranjo,
sobre todos los aromas,
mujer, el tuyo en mis manos.
JARDIN NOCTURNE
Doucement ! Que ne se rompe le cristal
de ce merveilleux enchantement C’est le jardin, la nuit.
Le vent effleure l’orée sidérale des branches.
Rumeurs confuses de vert sombre, l’éternel
et le fugace se marient;
le vaste soupir de l’été vorace s’incarne
dans le jasmin neige et grâce
Par les airs, les noces des fleurs
font crier les heures saturées;
en une soyeuse densité de parfums se trahissent les branches
extasiées.
C’est le jardin, la nuit. De mystérieux
courants d’humidité
Mais palmes et chevelures pâlissent
déjà
au seuil de la nuit froide.
Et une étoile tenace lutte et s’acharne pour accrocher
dans la palme son éclat.
LAS ACUAS LLEVAN TUS OJOS
Las aguas llevan el temblor del aire,
cuando discurren por la mansa tierra
con culantrillos de verdor oscuro,
y el corazón en sombra de las yedras.
Las aguas llevan las arquitecturas
fugaces de las auras invisibles
y el volumen del alto sortilegio
de la luz que en el aire se deslíe.
El agua del jardín lleva, profundo,
un latido perenne que se cela
bajo la fiesta de la brisa errante,
y el brillo de unos ojos que se alejan.
PALMERA AL ATARDECER
Sobre el vasto jardín, que coronado
de ramas y de flores resplandece,
línea en el viento, la palmera crece
hacia un cielo en azul empavonado.
Abre en la cumbre de su esbelto tronco
la gloria en rueda de las finas palmas, unas, al cielo
anhelo de almas, otras, rendidas por
el viento bronco.
Si el sol se prende sobre la palmera
— beso final en la rendida tarde —sobre el azul
sereno en oros arde la más trémula y blonda cabellera.
Ya palidecen hojas y cabellos en los
umbrales de la noche fría. Y una estrella tenaz lucha
y porfía por colgar en la palma sus destellos.
KASIDA DEL ATARDECER
¿ De dónde nace la noche?
Está guardada en el aire.
Está dormida en la tierra.
Sepultada por las calles.
La noche llega en la brisa
como una pena suave
que se hace dueña del mundo
con su luto irreparable.
En la honda soledad
de los jardines, ya nace.
Se la ve avanzar confusa
entre temblores de tarde.
Casi se escuchan sus pasos
en los latidos del aire
no es misterio ni tristeza,
es una agonía amable.
Se le resisten los ojos y la fuente en
sus cristaLes. Su luz postrera defiende sus más preciados
mirajes.
Aún lucha por el ocaso un sol débil que se abate
entre grises y entre perlas con masas de oscuridades.
Un soplo de Dios y Muerte punza nuestra
dulce carne en este vuelo invisible de luz, de sombra y de arcángel.
La noche avara consigue lentamente apoderarse
de nuestro cuerpo. Del mundo. ¡ Ya somos sombra que late!
Antonio
Machado
(Sevilla-1875/Colliure-1939)
"Souvenirs d'enfance", de Solitudes,
Galeries et d'autres poèmes (1899-1907)
Une après-midi grise et froide
d'hiver. Les collègiens
étudient. Monotonie
de la pluie derrière les vitres.
C'est a classe. Sur une image
on voit Caïn
qui fuit, et Abel mort,
près d'une tache de carmin.
D'une voix sonore et creuse
le maître tonitrue, un vieillard
mal vêtu, maigre et sec,
qui tient un livre à la main.
Et tout un choeur d'enfants
va chantant la leçon.
"mille fois cent, cent mille;
mille fois mille, un million."
Une après-midi grise et froide
d'hiver. Le collègiers
étudient. Monotonie
de la pluie sur les vitres.
"La saeta", de Champs de Castille
(1907-1917)
Oh! la saeta, le couplet
au Christ des gitans,
avec toujours aux mains du sang,
et toujours sur sa croix cloué!
Oh! chanson du peuple andalou,
qui à chaque printemps,
demande des échelles
pour monter à la croix!
Chant de ma terre,
jetant des fleurs
au Christ de l'agonie,
qui est la foi de mes ancêtres!
Tu n'es pas le chant de mon coeur!
Je ne veux ni ne peux
chanter ce Christ en croix
mais celui qui marchait su la mer!
Des hommes
Laisser mes chansons
Mais j'aime les mondes subtiles
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon.
J'aime les voir s'envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.
A demander ce que tu sais
Tu ne dois pas perdre ton temps
Et à des questions sans réponse
Qui donc pourrait te répondre?
Chantez en coeur avec moi:
Savoir? Nous ne savons rien
Venus d'une mer de mystère
Vers une mer inconnue nous allons
Et entre les deux mystères
Règne la grave énigme
Une clef inconnue ferme les trois coffres
Le savant n'enseigne rien, lumière n'éclaire pas
Que disent les mots?
Et que dit l'eau du rocher?
Voyageur, le chemin
C'est les traces de tes pas
C'est tout; voyageur, il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer.
Tout passe et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer
Le passage de
la seguriya
Parmi les papillons noirs
avance une fille brune
à côté d'un blanc serpent
de brouillard.
Terre de Lumière,
Ciel de terre.
Enchaînée au tremblement
d'un rythme qui jamais n'arrive,
un poignard à la main droite,
elle avance, coeur d'argent.
Où vas-tu, siguiriya,
avec ce rythme sans tête?
Quelle lune recueillera
ta douleur de laurier-rose et de chaux?
Terre de Lumière,
Ciel de terre.
La soleá
Vêtue de voiles noirs,
elle pense que le monde est bien petit
et le coeur immense
Vêtue de voiles noirs.
Elle pense que le tendre soupir,
le cri, disparaissent
au fil du vent.
Vêtue de voiles noirs.
Elle avait laissé sa fenêtre ouverte
et à l'aube par la fenêtre
tout le ciel a débouché.
Ah!
Vêtue de voiles noirs!
paso
Dans le troisième, Poème de la Saeta, nous trouvons
le poème «Paso», adressé à
la Vierge:
Vierge en crinoline,
Vierge de la Soledad,
épanouie comme une immense tulipe.
Dans ta barque de lumières
tu vas
sur la marée haute
de la ville,
parmi les saetas troubles
et des étoiles de cristal.
Vierge en crinoline,
tu vas
sur le fleuve de la rue
jusqu'à la mer!
Mort de la peterena
Dans le quatrième de ces grands poèmes, Graphique
de la Petenera, Federico écrit:
Dans la maison blanche se meurt
la perdition des hommes.
Cent pouliches caracolent
Leurs cavaliers sont morts.
Et sous la palpitante
constellation des lampes,
tremble sa jupe moirée
entre ses cuisses de bronze.
Cent pouliches caracolent.
Leurs cavaliers sont morts.
De longues ombres affilées
viennent du trouble horizon
et le bourdon d'une guitare
se rompt.
Cent pouliches caracolent.
Leurs cavaliers sont
Amparo (Dos muchachas)
Amparo,
Que tu es seule dans ta maison!
Vêtue de blanc!
(Équateur entre le jasmín et le nard!)
Écoute les merveilleux
Sons de ton patio,
La faible trille jaune
Du canari.
Le soir tu vois trembler
Les cyprès avec les oiseaux,
Tandis que tu brodes lentement
Des lettres sur le canevas.
Amparo,
Que tu es seule dans ta maison!
Vêtue de blanc!
Amparo,
Et qu'il est difficile de te dire
Je t'aime!
Traduit par: Gilles de Seze
La
femme adultère
Je la pris près
de la rivière
Car je la croyais sans mari
Tandis qu'elle était adultère
Ce fut la Saint-Jacques la nuit
Par rendez-vous et compromis
Quand s'éteignirent les lumières
Et s'allumèrent les cri-cri
Au coin des dernières enceintes
Je touchai ses seins endormis
Sa poitrine pour moi s'ouvrit
Comme des branches de jacinthes
Et dans mes oreilles l'empois
De ses jupes amidonnées
Crissait comme soie arrachée
Par douze couteaux à la fois
Les cimes d'arbres sans lumière
Grandissaient au bord du chemin
Et tout un horizon de chiens
Aboyait loin de la rivière
Quand nous avons franchi les ronces
Les épines et les ajoncs
Sous elle son chignon s'enfonce
Et fait un trou dans le limon
Quand ma cravate fût ôtée
Elle retira son jupon
Puis quand j'ôtai mon ceinturon
Quatre corsages d'affilée
Ni le nard ni les escargots
N'eurent jamais la peau si fine
Ni sous la lune les cristaux
N'ont de lueur plus cristalline
Ses cuisses s'enfuyaient sous moi
Comme des truites effrayées
L'une moitié toute embrasée
L'autre moitié pleine de froid
Cette nuit me vit galoper
De ma plus belle chevauchée
Sur une pouliche nacrée
Sans bride et sans étriers
Je suis homme et ne peux redire
Les choses qu'elle
me disait
Le clair entendement m'inspire
De me montrer fort circonspect
Sale de baisers et de sable
Du bord de l'eau je la sortis
Les iris balançaient leur sabre
Contre les brises de la nuit
Pour agir en pleine droiture
Comme fait un loyal gitan
Je lui fis don en la quittant
D'un beau grand panier à couture
Mais sans vouloir en être épris
Parce qu'elle était adultère
Et se prétendait sans mari
Quand nous allions vers la rivière
(traduction Jean Prévost Edition Gallimard)
La femme adultère
El paso de la siguiriya
Entre mariposas negras,
va una muchacha morena
junto a una blanca serpiente
de niebla.
Tierra de luz,
cielo de tierra.
Va encadenada al temblor
de un ritmo que nunca llega;
tiene el corazón de plata
y un puñal en la diestra
¿Adónde vas siguiriya,
con un ritmo sin cabeza?
¿Qué luna recogerá
Tu dolor de cal y adelfa?
Tierra de luz
cielo de tierra
La solea
VESTIDA con mantos negros.
piensa que el mundo es chiquito
y el corazón es inmenso.
Vestida con mantos negros
Piensa que el suspiro tierno
y el grito, desaparecen
en la corriente del viento.
Vestida con mantos negros
Se dejó el balcón abierto
y al alba por el balcón
desembocó todo el cielo.
¡Ay ayayayay,
que vestida con mantos negros!
PASO
El tercero, POEMA DE LA SAETA, encontramos el poema «PASO»,
dirigido a la Virgen:
VIRGEN con miriñaque
virgen de la soledad,
abierta como un inmenso Tulipán.
En tu barco de luces
vas
por la alta marea
de la ciudad
entre saetas turbias
y estrellas de cristal.
Virgen con miriñaque
tú vas
por el río de la calle,
¡hasta el mar!
Muerte de la Petenera
En el cuarto de estos grandes poemas, GRAFICO DE LA PETENERA,
Federico escribe:
En la casa blanca muere
la perdición de los hombres.
Cien jacas caracolean.
Sus jinetes están muertos.
Bajo las estremecidas
Estrellas de los velones,
su falda de moaré tiembla
Entre sus muslos de cobre.
Cien jacas caracolean.
Sus jinetes están muertos.
Largas sombras afiladas
Vienen del turbio horizonte,
y el bordón de una guitarra
se rompe.
Cien jacas caracolean.
Sus jinetes están muertos.
Amparo (Dos muchachas)
Amparo,
!Qué sola estás en tu casa
Vestida de blanco!
(Ecuador entre el jazmín y el nardo!)
Oyes los maravillosos
Surditores de tu patio,
T al débil trino Amarillo
Del canario.
Por la tarde ves temblar
Los cipreses con las pájaros,
Mientras bordas lentamente
Letras sobre el cañamazo.
Amparo,
!que sola estás en tu casa
Vestida de blanco!
Amparo,
!y qué difícil decirte:
Yo te amo!
La casada infiel
Y que yo me la llevé al río
creyendo que era mozuela,
pero tenía marido.
Fue la noche de Santiago
y casi por compromiso.
Se apagaron los faroles
y se encendieron los grillos.
En las últimas esquinas
toqué sus pechos dormidos,
y se me abrieron de pronto
como ramos de jacintos.
El almidón de su enagua
me sonaba en el oído,
como una pieza de seda
rasgada por diez cuchillos.
Sin luz de plata en sus copas
los árboles han crecido,
y un horizonte de perros
ladra muy lejos del río.
*
Pasadas las zarzamoras,
los juncos y los espinos,
bajo su mata de pelo
hice un hoyo sobre el limo.
Yo me quité la corbata.
Ella se quitó el vestido.
Yo el cinturón con revólver.
Ella sus cuatro corpiños.
Ni nardos ni caracolas
tienen el cutis tan fino,
ni los cristales con luna
relumbran con ese brillo.
Sus muslos se me escapaban
como peces sorprendidos,
la mitad llenos de lumbre,
la mitad llenos de frío.
Aquella noche corrí
el mejor de los caminos,
montado en potra de nácar
sin bridas y sin estribos.
No quiero decir, por hombre,
las cosas que ella me dijo.
La luz del entendimiento
me hace ser muy comedido.
Sucia de besos y arena
yo me la llevé del río.
Con el aire se batían
las espadas de los lirios.
Me porté como quien soy.
Como un gitano legítimo.
Le regalé un costurero
grande de raso pajizo,
y no quise enamorarme
porque teniendo marido
me dijo que era mozuela
cuando la llevaba al río
Plus froide et plus décomposée
que morte, plus seule et plus laide,
posée là, comme une fleur
puante sur une steppe.
Du fiel pour ce méchant
oiseau
dont le chant vous met mal à l’aise.
Et toi qui dis cette
parole,
te voilà, pareil à Dieu,
lorsqu’avec son immunité,
un monstre, par caprice, crée.
Je n’aimai plus
l’étoile,
et je baissai les yeux ;
mais l’étoile en eux me revint,
comme – croyais-je – une fleur de neige.
Mais la fleur de neige
était de nard
– de larme –, d’hermine ; et elle se défit,
et elle ruisselait à l’intérieur de moi.
Comme elle débordait,
je me mis à pleurer ;
et sur le monde noir pleurai hermine et nard,
et toute une gloire d’étoiles dégelées.
Piedra y cielo
Je voudrais que mon livre
fût ainsi que le ciel, la nuit
toute vérité présente, sans histoire,
Qu’à chaque instant se donne, comme lui,
toute chose, avec ses étoiles…
Eternidad
Je ne sais avec quoi le dire
car ma parole
n'est pas encore faite.
Plénitude d'aujourd'hui
rameau en fleur de demain.
Mon âme s'apprête à refaire
le monde pareil à mon âme.
Solitaire est la solitude
Seul la trouve qui, solitaire
trouve la vague solitaire
de l’océan où il se perd.
(Romances)
Amarrado al duro banco
de una galera turquesca,
ambas manos en el remo
y ambos ojos en la tierra,
un forzado de Dragut
en la playa de Marbella
se quejaba al ronco son
del remo y de la cadena:
« ¡Oh, sagrado mar de España;
famosa playa serena,
teatro donde se han hecho
cien mil navales tragedias!
Pues eres tú el mismo mar
que con sus crecientes besas
las murallas de mi patria,
coronadas y soberbias,
tráeme nuevas de mi esposa,
y dime si han sido ciertas
las lágrimas y suspiros
que me dice por sus letras;
porque si es verdad que llora
mi cautiverio en su arena,
bien puedes al mar del Sur
vencer en lucientes perlas.
Dame ya, sagrado mar,
a mis demandas respuesta;
que bien puedes, si es verdad,
que las aguas tienen lengua;
pero, pues no me respondes,
sin duda alguna que es muerta,
aunque no lo debe ser,
pues que yo vivo en su ausencia
pues he vivido diez años
sin libertad y sin ella,
siempre al remo condenado
a nadie matarán penas.»
En esto se descubrieron
de la religión seis velas
y el cómitre mandó usar
al forzado de su fuerza.
Celle-ci – rimes sonores – que me dicta
une savante, bien bucolique Thalie
– oh conte excellent – aux heures pourpres
où rose est l’aube et le jour rose argent
à présent que l’éclat tu dores ta
Nuée,
écoute-les au son de mon chalumeau,
si les murs ne te voient plus de Huelva
brosser le vent, épuiser la forêt.
Attaché
au dur banc
D’une galère tourquoise,
Les deux mains sur la rame
Et les deux yeux sur la terre,
Un forcé de Dagut
À la plage de Marbelle
Se plaint au rauque chant
De la rame et de la chaîne:
Ô, sacrée mer d’Espagne
Fameuse plage serène
Théâtre où ils se sont faites
Cent mille navales tragédies!
Tu es la même mer
Qui avec ses phases ascendantes embrasses
Les murailles de ma patrie,
Couronnées et énormes,
Porte-moi des nouvelles de mon épouse,
Et dis-moi si elles sont été certaines
Les larmes et soupirs
Qu’elle me dit dans ses lettres,
Parce que s’il est vrai qu’elle pleut
Ma captivité dans son sable,
Bien peux-tu à la mer du Sud
Vaincre en brillantes perles.
Donne-moi déjà, sacrée mer,
À mes demandes la reponse;
Que tu peux bien, si c’est vrai,
Que les eaux ont de langue;
Mais, comme tu ne me réponds pas,
Sans doute qu’elle est morte,
Malgré qu’elle ne doit pas l’être,
parce que je vis avec son absence
Parce que j'ai
vécu dix ans
Sans liberté et sans elle,
Toujours avec la rame condamné
Personne tueront les peines.”
À ce moment ils découvrirent
De la réligion six voiles
Et le gardien demanda se servir
Au forcé de sa force
De Polifemo y
Galatea
Estas que me dictó rimas sonoras,
culta sí, aunque bucólica, Talía
-¡oh excelso conde!-, en las purpúreas horas
que es rosas la alba y rosicler el día,
ahora que de luz tu Niebla doras,
escucha al son de la zampoña mía
si ya los muros no te ven, de Huelva,
peinar el viento, fatigar la selva.
Templado, pula en la maestra mano
el generoso pájaro su pluma,
o tan mudo en la alcándara, que en vano
aun desmentir al cascabel presuma;
tascando haga el freno de oro, cano,
del caballo andaluz la ociosa espuma;
gima el lebrel en el cordón de seda.
Y al cuerno, al fin, la citara suceda.
Treguas al ejercicio sean robusto,
ocio atento, silencio dulce, en cuanto
debajo escuchas de dosel augusto,
del músico jayán el fiero canto.
Alterna con las Musas hoy el gusto;
que si la mía puede ofrecer tanto
clarín (y de la Fama no segundo),
tu nombre oirán los términos del mundo.
Donde espumoso el mar siciliano
el pie argenta de plata al Lilibeo
(bóveda o de las fraguas de Vulcano,
o tumba de los huesos de Tifeo),
pálidas señas cenizoso un llano
-cuando no del sacrílego deseo-
del duro oficio da. Mil una alta roca
mordaza es a una gruta, de su boca.
Guarnición tosca de este escollo duro
troncos robustos son, a cuya greña
menos luz debe, menos aire puro
la caverna profunda, que a la peña;
caliginoso lecho, el seno obscuro
ser de la negra noche nos lo enseña
infame turba de nocturnas aves,
gimiendo tristes y volando graves.
De este, pues, formidable de la tierra
bostezo, el melancólico vacío
a Polifemo, horror de aquella sierra,
bárbara choza es, albergue umbrío
y redil espacioso donde encierra
cuanto las cumbres ásperas cabrío,
de los montes, esconde: copia bella
que un silbo junta y un peñasco sella.
Un monte era de miembros eminente
este que (de Neptuno hijo fiero)
de un ojo ilustra el orbe de su frente,
émulo casi del mayor lucero;
cíclope a quien el pino más valiente,
bastón, le obedecía, tan ligero,
y al grave peso junco tan delgado,
que un día era bastón y otro cayado
Si Ma voix mourût sur la
terre
Portez-la au niveau de la mer
Et laissez-la dans la rivière.
Portez-la au niveau de la mer
Et appelez-la capitaine
D’un bateau bajel de guerre.
Ô ma voix décorée
D’une insigne marine:
Sur le coeur une ancre
Et sur l’ancre une étoile
Et sur l’étoile le vent
Et sur le vent une voile!
Le mer.La mer.
Pourquoi tu m’a enmené, père,
à la cité?
Pourquoi tu m’as déterreé
de la mer?
En rêves, la houle
Me tire du coeur.
Elle me le voulû quitter.
Père, pourquoi tu m’as enmené là-bas?
Playa
(De Las Islas invitadas)
Las barcas de dos en dos,
como sandalias del viento
puestas a secar al sol.
Yo y mi sombra, ángulo recto.
Yo y mi sombra, libro abierto.
Sobre la arena tendido
como despojo de mar
se encuentra un niño dormido.
Yo y mi sombra, ángulo recto.
Yo y mi sombra, libro abierto.
Y más allá, pescadores
tirando de las maromas
amarillas y salobres.
Yo y mi sombra, ángulo recto.
Yo y mi sombra, libro abierto
Prados (Málaga)
Vega en calma
(Del libro "Tiempo")
Cielo gris.
suelo rojo...
De un olivo a otro
vuela el tordo.
(En la tarde hay un sapo
de ceniza y de oro.)
Suelo gris.
Cielo rojo...
Quedó la luna enredada
en el olivar.
¡Quedó la luna olvidada!
Plage
(Les îles invitées)
Les barques de deux en deux
Comme de sandales du vent
Qui sont mises à sécher au soleil.
Moi et mon ombre,
angle droit.
Moi et mon ombre, livre ouvert.
Sur le sable allongé
Comme des restes de la mer
Se trouve un enfant endormi.
Moi et mon ombre,
angle droit.
Moi et mon ombre, livre ouvert.
Et plus loin,
des pêcheurs
Qui tirent des cordes
Jaunes et saumâtres.
Moi et mon ombre,
angle droit.
Moi et mon ombre, livre ouvert.
Plaine en calme
(“Temps”)
Ciel gris
Terre rouge...
D’un olivier à un autre
Vole la grive.
(dans l’après-midi
il y a un crapaud
de cendre et d’or)
VILLAESPESA
Laujar, Almería (1877) – Madrid (1936)
De “Los jardines de Afrodita”.
V
El cisne se acercó. Trémula Leda
La mano hunde en la nieve del plumaje,
Y se adormece el alma del paisaje
De un rojo crepúsculo de seda.
La onda azul, al morir, suspira queda;
Gorjea un ruiseñor entre el ramaje,
Y un toro, ebrio de amor, muge salvaje
En la sombra nupcial de la arboleda.
Tendió el cisne la curva de su cuello,
Y con el ala –cándido abanico-,
Acarició los senos y el cabello.
Leda dio un grito y se quedó extasiada...
Y el cisne levantó, rojo, su pico
Como triunfal insignia ensangrentada.
FANTASÍA MORISCA
El reloj encantado
Retumba la una.
Bajo el plateado
Temblor de la Luna,
La fuente sonora
Del patio, entre tanto,
Nos cuenta el encanto
De la reina mora.
Un dragón vigila
Su lóbrego encierro.
La feroz pupila
Se revuelve inquieta.
A quien mira, mata.
La mano de hierro
Crispada aún, sujeta
La llave de plata.
Lenta el agua llora;
Y la reina mora,
Sola con su llanto,
Espera el acero
Del joven guerrero
Que rompa el encanto.
Pálida y sumisa,
Bajo una palmera,
Con su peine de oro
Y marfil, alisa
El negro tesoro
De su cabellera!
El reloj encantado
Retumba la una.
Bajo el plateado
Temblor de la Luna,
La fuente sonora
Del patio, entre tanto,
Nos cuenta el encanto
De la reina mora
MORENA MÍA
I
Bajo el fulgor lunar el mar es de plata;
Entreabre tú, mi bien, tu mirador,
Y asómate a escuchar la serenata
Que, mientras duermes tú, vela el amor
Asómate al balcón, morena mía,
Las sombras de mis noches a alumbrar,
Que, como un ciego, sin bordón ni guía,
Así voy sin la luz de tu mirar.
II
La brisa de jazmines perfumada
Despierta la pasión que duerme en mí;
La noche está para el amor creada
Y todo vive, como yo, por ti.
Asómate al balcón, morena mía,
Las sombras de mis noches a alumbrar,
Que, como un ciego, sin bordón ni guía,
Así voy sin la luz de tu mirar.
III
Sal darle consuelo a mi tormento;
Que si no sales, del balcón al pie,
Como esas rosas que deshoja el viento,
Sin la luz de tus ojos moriré.
Asómate al balcón, morena mía,
Las sombras de mis noches a alumbrar,
Que, como un ciego, sin bordón ni guía,
Así voy sin la luz de tu mirar.
“Les jardins d’Afrodite”
V
Le cygne se rapprocha. Vacillante Leda
La main plonge dans la neige du plumage
Et s’endort l’âme du paysage
D’un rouge crépuscule de soie.
L’onde bleue, quand elle meurt, soupire tranquille;
Gazouille un rossignol entre le branchage,
Et un taureau, ivre d’amour, mugit sauvage
Dans l’ombre nuptiale du bois.
Étendit le cygne la courbe de son cou,
Et avec l’aile –candide éventail-,
caressa les seins et le chevex.
Leda donna un cri et resta extasiée...
Et le cygne leva, rouge, son bec
Comme triomphant insigne ensanglentée.
FANTAISIE MAURESQUE
L’horloge enchatée
Rententit l’une.
Sous l’argenté
Tremblement de la Lune,
La fontaine sonore
Du patio, pendant ce temps,
Nous raconte le charme
De la reine maure.
Un
dragon surveille
Sa lugubre réclusion
La féroce pupille
Remue inquiète.
À celui qu'il regarde,
tue.
La main de fer
Crispée encore, retient
La clef d’argent.
Lente l’eau pleure;
Et la reine maure
Seule avec ses pleurs,
Attend l’acier
du jeune guerrier
Que casse le charme.
Pâle et soumise,
Sous le palmier
Avec son peigne d’or
Et d’ivoire, lisse
Le noir trésor
De sa chevelure.
L’horloge enchatée
Rententit l’une.
Sous l’argenté
Tremblement de la Lune,
La fontaine sonore
Du patio, pendant ce temps,
Nous raconte le charme
De la reine mauresque.
MA BRUNE
I
Sous l’éclat lunaire la mer est d’argent,
Entreouvre, mon bonheur, ton belvédère,
Et penche-toi à écouter la sérénade
Que, pendant que tu dors, veille l’amour.
Penche au balcon, ma brune,
Les ombres de mes nuits à éclairer
Que, comme un aveugle, sans bordon ni guide
Comme ça je vais sans la lumière de ton regard.
II
La brise de jasmins parfumée
Réveille la passion qui dort en moi;
La nuit est pour l’amour créée
Et tout vit, comme moi, pour toi.
Penche au balcon, ma brune,
Les ombres de mes nuits à éclairer
Que, comme un aveugle, sans bordon ni guide
Comme ça je vais sans la lumière de ton regard.
III
Sors pour lui donner du
réconfort à mon tourment;
Que si tu ne sors pas, du balcon au pied,
Avec ces roses-là qu'effeuille le vent,
Sans la lumière de tes yeux je mourrai.
Penche au balcon, ma brune,
Les ombres de mes nuits à éclairer
Que, comme un aveugle, sans bordon ni guide
Comme ça je vais sans la lumière de ton regard.
(Ibn-Said: Libro de las
banderas de los campeones y de los estandartes de los
selectos)
Los olmos que descuellan
sobre los jardines
son como lanzas llenas de banderolas de seda.
No es de extrañar que
estas tropas se lanzaran
contra el río, cuando lo vieron
vestido con la cota de mallas que le forjan
los vientos al arrugar sus aguas.
El río rechazó a las
tropas una y otra vez
con sus ondas, pero se inclinaron sobre él
y hubo de someterse lamentándose con su murmullo.
(Ibn-Said: Libro de las
banderas de los campeones y de los estandartes de los
selectos)
Puedes,
famoso Betis, dignamente
al Mincio, al Arno, al Tibre aventajarte,
y alzar contento la sagrada frente,
y en nuevos y anchos senos dilatarte:
pues quiso el cielo que tu bien consiente,
tal gloria, tal honor, tal fama darte,
cual te la adquiera a tus riberas bellas
Baltazar del Alcázar, que está en ellas.
Río de Sevilla
¡cuán bien pareces
con galeras blancas
y ramos verdes!
Río de Sevilla
¡quién te pasase
sin que la mi servilla *
se me mojase!
Salí de Sevilla
a buscar a mi dueño,
puse al pie pequeño
dorada servilla.
Como estoy a la orilla
mi amor mirando
digo suspirando
¡quién te pasase
sin que la mi servilla
se me mojase!
Vienen de Sanlúcar,
rompiendo el agua,
a la Torre del Oro
barcos de plata.
Barcos enramados
van a Triana
el primero de todos
me roba el alma.
SONETO
LXII
Rey de los otros, río
caudaloso,
que en fama claro, en ondas cristalino,
tosca guirnalda de robusto pino
ciñe tu frente, tu cabello undoso,
pues, dejando tu nido cavernoso
de Segura en el monte más vecino,
por el suelo andaluz tu real camino
tuerces soberbio, raudo y espumoso,
a mí, que de tus fértiles orillas
piso, aunque ilustremente enamorado,
tu noble arena con humilde planta,
dime si entre las rubias pastorcillas
has visto, que en tus aguas se han mirado,
beldad cual la de Clori, o gracia tanta.
Luis de Góngora.
EL
GUADALQUIVIR
¿Puede
pensar nadie que un río no sepa su nombre? El de éste de Sevilla
es claro, unjido escelsamente por el oro de cien liras, y él lo
arrastra largamente, como una líquida sarta de sílabas de
cristal. ¿Hay río en el mundo que tenga un nombre más fluvial,
más licuoso? Guadalquivir… La G está escrita en la sierra, entre
adelfares, y la R se abre y se cierra en Sanlúcar y se prende en
la M del Mar Atlántico.
El río Guadalquivir
va entre naranjos y olivos.
Los dos ríos de Granada
bajan de la nieve al trigo.
¡Ay amor
que se fue y no vino!
El río Guadalquivir
tiene las barbas granates.
Los dos ríos de Granada,
uno llanto y otro sangre.
¡Ay amor
que se fue por el aire!
Para los barcos de vela
Sevilla tiene un camino;
por el agua de Granada
sólo reman los suspiros.
¡Ay amor
que se fue y no vino!
Guadalquivir, alta torre
y viento en los naranjales.
Darro y Genil, torrecillas
muertas sobre los estanques.
¡Ay amor
que se fue por el aire!
¿Quién dirá que el agua lleva
un fuego fatuo de gritos?
¡Ay amor
que se fue y no vino!
Lleva azahar, lleva olivas
Andalucía a tus mares.
¡Ay amor
que se fue por el aire!
¡ Oh
Guadalquivir!
Te vi en Cazorla nacer;
hoy, en Sanlúcar morir.
Un borbollón de agua clara,
debajo de un pino verde,
eras tú, ¡qué bien sonabas!
Antonio
Machado
Noviembre
y febrero son allá los meses de lluvias torrenciales. En las
calles cercanas al río preparaban las casas contra la
inundación, ajustando unos tablones al dintel de la puerta…
Una
mañana vinieron a buscarle al colegio a hora desusada.
Llovió días y días, torrencialmente; y el agua desbordando
ya por el prado, sería difícil para él volver a su casa en
las afueras…. Aquella avenida de castaños que antes tantas
veces recorriera a pie, tuvo entonces que cruzarla en barca.
El agua
lo cubría todo, y al fondo surgían de la laguna los
edificios extraños y exactos tras una delgada fila de
árboles… casas y gentes parecían ahora breves y sin
trascendencia, como si al privarles el agua de la
acostumbrada base terrena (así ocurre con un navío al
hacerse a la mar) dejara al descubierto su verdadera
proporción y significado…
Al llegar
la noche, derribados con el temporal los postes y alambres
eléctricos, no había luz. A la claridad de las velas, un
libro ante sus ojos soñolientos, escuchaba el viento afuera,
en el campo inundado, y la lluvia caudalosa caer hora tras
hora. Se sentía como una isla, separado del mundo y de sus
aburridas tareas en ilimitada vacación; una isla mecida por
las aguas, acunando sus últimos sueños de niño.
Mi
niña se fue a la mar,
a contar olas y chinas,
pero se encontró, de pronto,
con el río de Sevilla.
Entre adelfas y campanas
cinco barcos se mecían,
con los remos en el agua
y las velas en la brisa.
¿Quién mira dentro la torre
enjaezada, de Sevilla?
Cinco voces contestaban
redondas como sortijas.
El cielo monta gallardo
al río, de orilla a orilla.
En el aire sonrosado,
cinco anillos se mecían.
Cuando yo tenía catorce o quince años y mi alma estaba
henchida de deseos sin nombre, de pensamientos puros y de
esa esperanza sin límites que es la más apreciada joya de la
juventud; cuando yo me juzgaba poeta, cuando mi imaginación
estaba llena de esas risueñas fábulas del mundo clásico, y
Rioja, en sus silvas a las flores; Herrera, en sus tiernas
elegías, y todos mis cantores sevillanos, dioses penates de
mi especial literatura, me hablaban de continuo del Betis
majestuoso, el río de las ninfas, de las náyades y los
poetas, que corre al Océano escapándose de un ánfora de
cristal, coronado de espadañas y laureles, ¡cuántos días,
absorto en la contemplación de mis sueños de niño, fui a
sentarme en su ribera, y allí, donde los álamos me protegían
con su sombra, daba rienda suelta a mis pensamientos y
forjaba una de esas historias imposibles en las que hasta el
esqueleto de la muerte se vestía a mis ojos con galas
fascinadoras y espléndidas! Yo soñaba entonces una vida
independiente y dichosa, semejante a la del pájaro, que nace
para cantar y Dios le procura de comer; soñaba esa vida
tranquila del poeta que irradia con suave luz de una a otra
generación; soñaba que la ciudad que me vio nacer se
enorgullece con mi nombre, añadiéndole al brillante catálogo
de sus ilustres hijos, y cuando la muerte pusiera un término
a mi existencia me colocasen para dormir el sueño de oro de
la inmortalidad a la orilla del Betis, al que yo habría
cantado en odas magníficas y en aquel punto donde iba tantas
veces a oír el suave murmullo de sus ondas. Una piedra
blanca con una cruz y mi nombre.